Interview de Joel Matriche

Mardi 21 Mai 2013

Joel est freelance et collabore régulièrement avec Le Soir. Nous avons voulu lui poser quelques questions sur sa vision du journalisme et les opportunités qu'offrait le numérique pour les médias.


Peux-tu te présenter ?
J'ai 44 ans, je suis journaliste depuis un peu plus de vingt ans, je travaille essentiellement pour les pages liégeoises du Soir. Depuis quelques années, je m'intéresse aussi au journalisme de données - avec mes maigres compétences, n'étant ni programmeur, ni graphiste, ni statisticien... Je mets quelques-uns de mes bricolages en ligne sur mon blog, http://joelmatriche.com

Tu es journaliste indépendant, c'est quoi être journaliste aujourd'hui ?
Être journaliste aujourd'hui est fondamentalement la même chose qu'hier : en gros, trouver l'information, la vérifier et l'enrichir puis la diffuser. Mais il est vrai que depuis quelques années, le contexte a changé : la crise rend l'exercice du métier plus difficile, les conditions de travail se dégradent. D'un autre côté, internet a radicalement changé la façon dont on peut chercher l'info, la traiter puis la publier. Avec pour conséquence de nouveaux possibles, de nouveaux médias à inventer, de nouveaux business models à créer, un tas de choses à (ré)inventer.

Comment faudrait-il accompagner les journalistes au mieux dans cette transition au numérique ?
Le numérique, les réseaux sociaux, les nouveaux modèles de publication, un minimum de technique aussi devraient être dans le cursus de toutes les écoles de journalisme. Surtout, il faudrait inculquer aux étudiants l'envie et la volonté d'innover, leur donner des outils et méthodes pour développer leur créativité. Enfin, il faudrait encourager les futurs journalistes à travailler en réseau et en collaboration afin qu'ils puissent s'adjoindre les compétences qui leur font défaut (en programmation, en graphisme, etc).

Est ce que l'avenir du journalisme freelance est de travailler pour un média, ou développer lui même son propre média ?
Ma réponse n'est pas tranchée, je pense qu'il y a place pour les deux profils. Il n'est pas donné à tout freelance de créer son propre média et le marché ne pourrait d'ailleurs pas tous les absorber. Mais assurément, les médias "traditionnels" ne répondant qu'imparfaitement à l'attente des lecteurs/auditeurs/spectateurs, il y a place pour des supports novateurs, souvent dans des marchés de niche, créés par des journalistes plus jeunes, baignant depuis toujours dans la culture numérique, la ressentant et l'anticipant "dans leurs tripes".

Quel est le message que tu souhaiterais faire passer aux différents participants de la Medialab Session ?
Voir le point ci-dessus : le marché des médias est en pleine mutation, en plein bouleversement. Leur business model a atteint ses limites, il faut donc en inventer de nouveaux.Ce qui est formidable et enthousiasmant, c'est que nous vivons une époque charnière où tout reste à explorer et à créer.

Merci Joel !